Dany et son frère Odysseas, 16 et 18 ans, Albanais par leur mère, prennent la route d'Athènes à Thessalonique pour retrouver leur père, un Grec qu'ils n'ont jamais connu, et participer à un populaire concours de chant qui pourrait rendre leur vie meilleure. Étrangers dans leur propre pays, ils vont apprendre à grandir dans une Grèce qui refuse de les suivre.
Comment est né le désir de ce film ?
Ce film est un adieu à ma jeunesse. J’ai ressenti la nécessité de parler de l’adolescence avant qu’il ne soit trop tard.
Les années d’adolescence sont les plus intenses que j’ai vécues. En rébellion contre le système, j’avais pour seule trinité
le sexe, la drogue et le rock’n’roll. Je me sentais différent, singulier. Mon homosexualité n’y était sans doute pas pour rien.
Entre 14 et 18 ans, j’ai vécu les années les plus cruciales de ma vie. Sans le savoir, tous mes choix et toutes mes décisions de
l’époque, que ce soit sur le plan du comportement, de l’amour, des valeurs, de la politique ou des arts, ont eu des incidences,
plus ou moins grandes, sur la suite de mon existence. Je trouve que la jeunesse est très belle à filmer et en même temps,
je pense qu’en ce moment les jeunes sont ceux qui souffrent le plus. Ils naissent dans un monde hostile et se retrouvent perdus.
Je trouve ça émouvant.
Par ailleurs, je voulais raconter l’amour qui unit deux frères. La fraternité de sang tout autant que la fraternité spirituelle ont été
très importantes dans mon histoire personnelle, particulièrement en tant qu’homosexuel.
Enfin, je voulais aborder le sujet des enfants apatrides, dans mon pays où le droit du sang prime sur le droit du sol.
Avec l’émergence de l’extrême droite en Grèce et plus largement en Europe, le problème prend des proportions dramatiques.
Je suis persuadé que l’immigration est la grande tragédie de notre ère.
Pourquoi ce titre, Xenia ?
On pourrait traduire « Xenia » par « hospitalité » mais le sens de ce concept ancien est beaucoup plus complexe. C’est une
loi respectée par les dieux grecs, qui nous intime d’honorer et d’accueillir les étrangers d’où qu’ils viennent. Zeus, le père de
tous les dieux, est également parfois appelé Xenios Zeus, « Zeus l’Hospitalier ». L’hospitalité était un principe et un fondement
majeur de la Grèce antique. La xénophobie est un concept relativement moderne. Aujourd’hui, non seulement la Grèce a
oublié ses devoirs envers les étrangers, mais elle berne et abuse son peuple.
‘Xenia’ est également le nom d’une chaîne d’hôtels de luxe construits à la fin des années 50 par de grands architectes à
travers tout le pays. On découvrait alors le tourisme, c’était une période d’une grande prospérité économique pour la Grèce.
Aujourd’hui plus de 90% de ces palaces ont été abandonnés.